En montagne, l’éloignement des infrastructures médicales transforme chaque randonneur en premier maillon de la chaîne de secours. Contrairement à un malaise en ville où les pompiers arrivent en 15 minutes, un accident en altitude peut nécessiter plusieurs heures avant l’intervention des secours professionnels. Maîtriser les gestes premiers secours en montagne devient alors une compétence aussi essentielle que savoir lire une carte ou anticiper la météo. Ce guide détaille les techniques prioritaires, les erreurs à éviter et les protocoles adaptés au contexte montagnard.
La spécificité montagnarde impose d’adapter les gestes classiques de secourisme : altitude, froid, isolement et délais d’intervention rallongés obligent à prioriser différemment les actions et à improviser avec le matériel disponible.
Préparer son intervention : évaluation et sécurisation
Avant tout geste technique, la sécurisation de la zone conditionne l’efficacité de votre intervention. En montagne, un accident survient rarement dans un environnement stable. Chute de pierres, zone d’avalanche résiduelle, proximité d’une arête exposée : évaluez d’abord si vous et la victime êtes en sécurité. Si le danger persiste, déplacez la personne uniquement si le risque immédiat dépasse celui lié à la mobilisation. Un blessé au bord d’un couloir d’avalanche justifie un déplacement précautionneux vers une zone protégée, même en cas de suspicion de traumatisme vertébral.
L’évaluation initiale suit le protocole PAS : Protéger, Alerter, Secourir. Protégez la victime du froid en installant un matelas de sol sous elle, même sur neige ou rocher. Le corps perd 25 fois plus vite sa chaleur au contact du sol froid qu’à l’air libre. Alertez les secours dès que possible, idéalement par un membre du groupe pendant que vous prodiguez les premiers soins. En zone sans réseau, notez l’heure précise de l’accident et les coordonnées GPS : ces informations seront cruciales lors de votre descente vers une zone couverte. Constituez une trousse de secours adaptée avant chaque sortie facilite considérablement cette phase d’intervention.
Vérifiez ensuite la conscience de la victime en lui parlant et en stimulant doucement ses épaules. Une personne consciente qui vous répond de manière cohérente présente un risque vital moindre qu’une victime inconsciente. Contrôlez la respiration en observant le soulèvement du thorax pendant 10 secondes. En altitude, la respiration peut être naturellement plus rapide (16 à 20 cycles par minute au-dessus de 2500 m contre 12 à 16 en plaine), ne confondez pas cette adaptation physiologique avec une détresse respiratoire.
Gérer une victime inconsciente qui respire

Face à une personne inconsciente mais qui respire normalement, la position latérale de sécurité (PLS) reste le geste de référence. Elle prévient l’obstruction des voies aériennes par la langue ou l’inhalation de vomissements. En terrain montagnard, adaptez la technique : si le sol est en pente, placez la victime sur le côté, tête dirigée vers le bas de la pente pour faciliter l’écoulement des liquides. Sur neige ou terrain froid, isolez au maximum le corps du sol avec tous les vêtements disponibles : vestes, sac à dos vidé, couverture de survie face argentée contre le corps.
Surveillez la respiration toutes les minutes. Une victime d’hypothermie peut présenter une respiration très ralentie (6 à 8 cycles par minute) qui peut être confondue avec un arrêt respiratoire. Approchez votre joue de la bouche de la victime pour sentir le souffle, observez le thorax, écoutez les bruits respiratoires. En cas de doute, considérez que la personne respire et maintenez-la en PLS plutôt que de débuter des compressions thoraciques inappropriées qui pourraient déclencher un arrêt cardiaque chez un hypotherme.
Protégez la tête avec un bonnet ou un vêtement : 30% de la chaleur corporelle s’échappe par la zone crânienne. Si vous disposez d’une veste imperméable, utilisez-la comme protection supplémentaire contre le vent et l’humidité, même si la victime porte déjà des vêtements. Chaque couche supplémentaire ralentit la déperdition thermique.
Réagir face à un arrêt cardiaque en altitude

L’arrêt cardiaque en montagne présente des particularités qui modifient le protocole standard. Avant de débuter un massage cardiaque, vérifiez pendant 10 secondes complètes l’absence totale de pouls carotidien (au niveau du cou, entre la trachée et le muscle sterno-cléido-mastoïdien). Chez une victime d’hypothermie sévère, le pouls peut être extrêmement faible et lent, à peine perceptible. Des compressions thoraciques sur un cœur qui bat encore, même faiblement, peuvent provoquer une fibrillation ventriculaire fatale.
Si l’arrêt est confirmé, débutez immédiatement les compressions thoraciques : 30 compressions pour 2 insufflations, rythme de 100 à 120 compressions par minute. Enfoncez le sternum de 5 à 6 cm chez l’adulte. En altitude, l’hypoxie ambiante rend les insufflations encore plus cruciales qu’en plaine : ne les négligez pas, même si vous êtes seul. Alternez toutes les 2 minutes avec un autre secouriste si possible pour maintenir l’efficacité des compressions, qui diminue rapidement avec la fatigue.
En montagne, poursuivez la réanimation cardio-pulmonaire jusqu’à l’arrivée des secours ou l’épuisement complet des sauveteurs : les cas de survie après hypothermie profonde avec arrêt cardiaque prolongé sont documentés, le froid protégeant paradoxalement le cerveau.
Si un défibrillateur automatisé externe (DAE) est disponible dans un refuge proche, son utilisation reste prioritaire. Cependant, sachez qu’en dessous de 30°C de température corporelle, le cœur ne répond généralement pas au choc électrique. Le DAE analysera le rythme et vous indiquera la conduite à tenir. Continuez les compressions entre les analyses et après les chocs éventuels.
Traiter les hémorragies et plaies en milieu isolé

Une hémorragie externe importante constitue une urgence vitale immédiate. Le corps humain contient environ 5 litres de sang ; la perte de 1 litre entraîne un état de choc, 2 litres mettent en jeu le pronostic vital. Face à un saignement abondant, appliquez une compression directe ferme sur la plaie avec un tissu propre (compresses, vêtement propre, serviette). Maintenez la pression sans relâcher pendant au moins 10 minutes, montre en main. La tentation de vérifier si le saignement s’arrête est forte, mais chaque soulèvement du pansement relance l’hémorragie.
Si la compression directe ne suffit pas, réalisez un pansement compressif : placez plusieurs compresses sur la plaie, enroulez fermement une bande autour du membre en maintenant une pression constante. Le bandage doit être serré mais pas au point de couper totalement la circulation : vous devez pouvoir passer un doigt dessous, et les extrémités du membre doivent rester rosées et chaudes. Un garrot ne se justifie qu’en cas d’hémorragie massive incontrôlable (membre sectionné, plaie artérielle majeure) : placez-le 5 cm au-dessus de la plaie, notez l’heure de pose, et ne le desserrez jamais vous-même.
Pour les plaies sans hémorragie grave, nettoyez à l’eau propre (eau de source filtrée ou désinfectée) en rinçant abondamment pour éliminer terre, débris végétaux et cailloux. En l’absence d’eau potable, utilisez du sérum physiologique de votre trousse. Évitez l’alcool à 90° qui nécrose les tissus et retarde la cicatrisation ; préférez un antiseptique type chlorhexidine ou Bétadine. Protégez ensuite avec un pansement stérile. Une plaie souillée en montagne présente un risque infectieux élevé : une consultation médicale dans les 24 heures reste indispensable même si la plaie semble bénigne.
Immobiliser une fracture ou entorse
Suspecter une fracture devant toute douleur intense après un choc, une déformation visible, une impotence fonctionnelle (impossibilité d’utiliser le membre) ou un gonflement rapide. N’essayez jamais de remettre un os en place ou de redresser un membre déformé : vous risquez d’aggraver les lésions nerveuses et vasculaires. Votre objectif est d’immobiliser le membre dans la position où vous le trouvez, en attendant l’évacuation.
Pour immobiliser un membre inférieur (jambe, cheville), utilisez le matériel disponible : bâtons de randonnée, branches rigides, matelas de sol enroulé. Placez les attelles de chaque côté du membre, en dépassant l’articulation au-dessus et en dessous de la zone fracturée. Fixez avec des bandes, foulards, ou sangles de sac à dos. Serrez suffisamment pour maintenir mais sans comprimer excessivement : vérifiez régulièrement la coloration et la chaleur des orteils.
Pour un membre supérieur, l’écharpe simple reste la technique la plus efficace : pliez le bras contre le thorax, coude à 90°, et maintenez l’avant-bras avec un tissu passé autour du cou. Immobilisez ensuite le bras contre le corps avec une bande ou un vêtement noué. En cas de fracture de la clavicule, cette position soulage immédiatement la douleur. Donnez à boire régulièrement à la victime si elle est consciente et ne présente pas de traumatisme abdominal : la déshydratation aggrave l’état de choc.
Une fracture ouverte (os visible à travers la peau) ne doit jamais être touchée : recouvrez la plaie d’un pansement stérile sans appuyer sur l’os, immobilisez, et considérez cette situation comme une urgence vitale nécessitant une évacuation héliportée prioritaire.
Reconnaître et gérer l’hypothermie
L’hypothermie représente la première cause de décès non traumatique en montagne. Elle survient lorsque la température corporelle descend sous 35°C. Les premiers signes sont insidieux : frissons intenses, maladresse gestuelle, confusion mentale, discours incohérent. Une personne qui affirme avoir chaud alors qu’elle grelotte, qui refuse de s’alimenter ou qui ralentit anormalement le rythme de marche doit alerter immédiatement.
Face à une hypothermie débutante (victime consciente, frissons présents), agissez rapidement : isolez la personne du froid, remplacez les vêtements humides par des vêtements secs, installez-la dans un sac de couchage ou enveloppez-la dans une couverture de survie (face dorée vers l’extérieur pour réfléchir la chaleur corporelle). Donnez des boissons chaudes sucrées si la victime peut boire sans risque de fausse route. Ne donnez jamais d’alcool qui dilate les vaisseaux périphériques et accélère la déperdition thermique. Les techniques de bivouac en conditions froides peuvent sauver une vie en attendant les secours.
En cas d’hypothermie sévère (victime inconsciente, frissons absents, rigidité musculaire), manipulez la personne avec une extrême délicatesse. Tout mouvement brusque peut déclencher une fibrillation ventriculaire fatale. Ne frottez jamais les membres pour « réchauffer », ne donnez rien par voie orale. Isolez thermiquement au maximum, appelez les secours en précisant « hypothermie sévère » pour déclencher une évacuation médicalisée, et surveillez la respiration en continu. Le réchauffement ne doit se faire qu’en milieu hospitalier avec monitoring cardiaque.
Identifier le mal aigu des montagnes
Au-delà de 2500 mètres d’altitude, le mal aigu des montagnes (MAM) peut toucher n’importe quel randonneur, même entraîné. Il résulte de la diminution de la pression en oxygène et se manifeste par des maux de tête, nausées, vertiges, fatigue intense et troubles du sommeil apparaissant dans les 6 à 12 heures suivant la montée. Ces symptômes bénins concernent 25% des personnes à 2500 m et jusqu’à 50% à 4000 m.
Le traitement repose sur trois principes : arrêter la montée, s’hydrater abondamment (4 à 5 litres par jour), et prendre un antalgique simple (paracétamol) contre les céphalées. Si les symptômes persistent après 24 heures de repos à la même altitude ou s’aggravent, la seule solution efficace est la descente immédiate de 500 à 1000 mètres. Ne jamais poursuivre l’ascension avec des symptômes de MAM : l’évolution vers un œdème cérébral ou pulmonaire de haute altitude engage le pronostic vital en quelques heures.
Les signes d’alarme imposant une descente immédiate sont : confusion mentale, troubles de l’équilibre (démarche ébrieuse), essoufflement au repos, toux avec crachats rosés (signe d’œdème pulmonaire), vomissements répétés empêchant l’hydratation. Dans ces situations, descendez même de nuit si nécessaire, en sécurisant au maximum le parcours. Une descente de 500 mètres améliore spectaculairement l’état en 2 à 3 heures. Certains refuges d’altitude disposent de caissons hyperbares portables (sacs Gamow) qui simulent une descente en altitude : renseignez-vous avant votre départ.
Alerter efficacement les secours en montagne
La qualité de votre alerte conditionne la rapidité et l’efficacité de l’intervention. En France, composez le 112 (numéro d’urgence européen fonctionnant même sans réseau de votre opérateur si une autre antenne est accessible) ou le 15 (SAMU). Dans les massifs frontaliers, le 112 bascule automatiquement vers le centre de secours compétent selon votre position GPS.
Préparez votre appel en notant : localisation précise (coordonnées GPS, refuge le plus proche, nom du sommet, versant, altitude), nombre de victimes, nature des blessures, état de conscience, conditions météo sur place (visibilité, vent, précipitations), et moyens d’accès possibles. Ces informations permettent au PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne) ou aux secouristes de dimensionner l’intervention. Un brouillard dense peut interdire l’hélicoptère et nécessiter une équipe terrestre avec plusieurs heures de délai.
Si vous n’avez pas de réseau, plusieurs options s’offrent à vous : montez vers un point haut dégagé pour tenter de capter un signal, envoyez un membre valide du groupe vers la vallée ou un refuge, ou utilisez le signal de détresse international : 6 signaux sonores ou lumineux par minute (un toutes les 10 secondes) pendant une minute, puis une minute de pause, à répéter. La réponse est 3 signaux par minute. Un sifflet porte bien plus loin que la voix : 3 coups brefs répétés constituent aussi un signal de détresse. Certaines zones bénéficient de balises de détresse manuelles dans les refuges : renseignez-vous.
Restez sur place après avoir donné l’alerte sauf danger immédiat : les secours se dirigent vers les coordonnées communiquées, tout déplacement complique les recherches et retarde l’intervention.
Constituer et utiliser sa trousse de secours montagne
Une trousse de secours montagne dépasse le simple kit de pansements. Elle doit permettre de gérer les urgences vitales et les traumatismes fréquents en attendant l’évacuation. Le contenu minimal comprend : compresses stériles (10 minimum), bandes de crêpe et élastiques, pansements adhésifs variés, ciseaux à bouts ronds, pince à écharde, épingles de sûreté, antiseptique (dosettes de chlorhexidine), couverture de survie (une par personne dans le groupe), gants d’examen non stériles (protection contre les liquides biologiques).
Ajoutez selon votre niveau de formation : attelle malléable (SAM splint), bande cohésive pour immobilisation, pansements compressifs hémostatiques (type Coalgan), sérum physiologique en dosettes pour rinçage oculaire et plaies, kit de suture si vous êtes formé, et médicaments de base (paracétamol, ibuprofène, antidiarrhéique, antihistaminique). Pour les sorties au-dessus de 3000 m, incluez de l’acétazolamide (Diamox) sur prescription médicale pour prévenir le MAM chez les personnes sensibles.
L’organisation de la trousse conditionne son efficacité : utilisez un contenant rigide et étanche, avec compartiments ou sachets transparents étiquetés. En situation de stress, vous devez trouver une compresse stérile en moins de 10 secondes. Vérifiez les dates de péremption tous les 6 mois et remplacez le matériel utilisé après chaque sortie. Gardez une fiche récapitulative des numéros d’urgence et des gestes de base plastifiée dans la trousse. Notre guide détaillé sur la trousse de secours approfondit ces recommandations avec des listes adaptées à chaque type de sortie.
Se former : au-delà du guide théorique
La lecture d’un guide, aussi détaillé soit-il, ne remplace jamais une formation pratique. Les gestes de secours nécessitent une mémoire gestuelle qui ne s’acquiert que par la répétition sur mannequin et la mise en situation. La Fédération Française de Randonnée propose des modules « Premiers Secours en Randonnée » (PSR) adaptés au contexte montagnard, d’une durée de 8 heures. Ces formations abordent les spécificités du secours en milieu isolé : improvisation de matériel, gestion du froid, évacuation d’urgence.
Le PSC1 (Prévention et Secours Civiques niveau 1) constitue la base accessible à tous, dispensée par la Croix-Rouge, les pompiers ou la Protection Civile en 7 heures. Il couvre les gestes vitaux : alerte, hémorragies, inconscience, arrêt cardiaque, malaises, traumatismes. Complétez-le idéalement par un recyclage tous les 2 ans pour maintenir vos compétences. Pour les pratiquants réguliers ou encadrants, le PSE1 (Premiers Secours en Équipe niveau 1) apporte des compétences supplémentaires en travail d’équipe et utilisation de matériel spécifique.
Certaines écoles d’alpinisme et guides de haute montagne organisent des stages « Secours en Montagne » combinant technique de progression, évaluation des risques et gestes de secours en situation réelle. Ces formations immersives de 2 à 3 jours permettent de confronter théorie et réalité du terrain : froid, fatigue, stress, communication difficile. L’investissement financier (150 à 400€ selon les formations) et temporel est largement compensé par la confiance acquise et les vies potentiellement sauvées.
Prévenir plutôt que guérir : la meilleure urgence est celle qu’on évite
Maîtriser les gestes premiers secours en montagne ne dispense pas d’une préparation rigoureuse visant à réduire les risques. La majorité des accidents résultent d’une accumulation de petites erreurs : sous-estimation de la difficulté, météo non vérifiée, équipement inadapté, fatigue ignorée, groupe mal constitué. Avant chaque sortie, consultez les bulletins météo spécialisés montagne (Météo France Montagne), évaluez honnêtement votre condition physique et celle du groupe, et planifiez un itinéraire avec échappatoires.
L’équipement joue un rôle préventif majeur : des chaussures adaptées réduisent drastiquement les entorses de cheville, une veste imperméable respirante prévient l’hypothermie, une hydratation régulière limite les risques de malaise. Informez systématiquement un tiers de votre itinéraire et de votre heure de retour prévue : en cas de non-retour, les secours sauront où chercher. Cette simple précaution a sauvé des dizaines de vies.
Apprenez à renoncer : poursuivre sous l’orage par ego, continuer malgré les symptômes de MAM, forcer l’allure d’un membre du groupe en difficulté sont des comportements à haut risque. Notre guide sur la gestion des orages en montagne développe cette culture du renoncement intelligent. La montagne sera toujours là demain ; une vie compromise ne se rattrape pas.
Randonner en groupe offre une sécurité supérieure : en cas d’accident, un membre peut rester auprès de la victime pendant qu’un autre alerte les secours. Variez les profils dans le groupe (expérience, compétences techniques, formation secours) pour mutualiser les ressources. Si vous randonnez seul, doublez la vigilance et limitez-vous à des itinéraires balisés fréquentés, en informant systématiquement vos proches. Les pratiques comme le bivouac avec enfants nécessitent une préparation encore plus minutieuse.
Mini-FAQ : vos questions sur les premiers secours en montagne
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Dois-je déplacer une victime inconsciente qui respire ?
Déplacez la victime uniquement si elle se trouve dans une zone dangereuse (couloir d’avalanche, chute de pierres, bord de précipice). Dans ce cas, tirez-la par les chevilles ou les aisselles en maintenant l’axe tête-cou-tronc le plus aligné possible. Si l’environnement est sûr, mettez-la en position latérale de sécurité sur place et isolez-la du froid en attendant les secours.
Combien de temps puis-je laisser un garrot en place ?
Un garrot bien posé peut rester en place 2 heures sans dommages irréversibles. Notez impérativement l’heure de pose sur la peau de la victime au marqueur ou sur un papier fixé au garrot. Ne desserrez jamais un garrot vous-même : seuls les secours médicalisés peuvent le faire en milieu équipé pour gérer le relargage de toxines et le risque d’arrêt cardiaque. Votre rôle se limite à poser, noter l’heure, et transmettre cette information aux secours.
Que faire si je n’ai pas de réseau pour appeler les secours ?
Tentez d’abord de capter un signal en vous déplaçant vers un point haut dégagé, même à 50 mètres de la victime si elle est stable. Le 112 fonctionne parfois avec un signal très faible. Si aucun réseau n’est accessible, envoyez la personne la plus rapide et expérimentée du groupe vers le refuge ou la vallée la plus proche avec une note écrite détaillant la situation. Restez auprès de la victime, signalez votre position par des signaux visuels (vêtement coloré déployé, miroir pour refléter le soleil) ou sonores (sifflet : 6 coups par minute).
Peut-on donner de l’aspirine à une victime de traumatisme crânien ?
Non, jamais. L’aspirine fluidifie le sang et peut aggraver une hémorragie intracrânienne. En cas de traumatisme crânien (chute, choc à la tête), ne donnez aucun médicament par voie orale, même si la victime se plaint de maux de tête violents. Surveillez l’état de conscience, les pupilles (taille, réactivité à la lumière, symétrie), et recherchez des signes d’aggravation : confusion croissante, vomissements, somnolence anormale. Toute perte de connaissance même brève après un choc impose une évacuation médicalisée.
Comment différencier une simple fatigue d’une hypothermie débutante ?
L’hypothermie débutante se distingue par des frissons violents incontrôlables, une maladresse inhabituelle (difficulté à fermer une fermeture éclair, à tenir un bâton), des propos incohérents ou un comportement inadapté (refus de s’alimenter, agressivité, apathie soudaine). La simple fatigue s’accompagne de lassitude mais la personne reste cohérente, coordonnée et réagit normalement aux stimulations. Devant le moindre doute, traitez comme une hypothermie : arrêt, isolation thermique, boisson chaude sucrée, vêtements secs.
Faut-il retirer un objet planté dans une plaie (branche, piquet) ?
Ne retirez jamais un objet enfoncé dans une plaie profonde. Il peut comprimer un vaisseau sanguin et limiter l’hémorragie ; son retrait déclencherait un saignement massif incontrôlable en montagne. Immobilisez l’objet en place en le calant avec des compresses ou des vêtements roulés de chaque côté, sans appuyer sur la plaie. Protégez l’ensemble avec un pansement léger et évacuez en urgence. Seule exception : un petit corps étranger superficiel (écharde, épine) que vous pouvez retirer facilement avec une pince désinfectée, suivi d’un nettoyage et d’une désinfection.